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15 mai 2008
État de l’éducation sur l’île de Montréal
La concurrence entre l’école publique et l’école privée devient de plus en plus vive
Montréal, le 15 mai 2008. – « Bien que la population ait augmenté à Montréal au cours des dernières années, le nombre de jeunes inscrits en formation générale dans les écoles publiques francophones a diminué de façon significative. À l’inverse, les inscriptions dans les écoles privées étaient à la hausse et croissent plus rapidement sur l’île de Montréal que pour la moyenne de l’ensemble du Québec. L’école publique a donc des efforts importants à faire pour devenir plus attrayante. »
 
Tel est l’un des constats faits aujourd’hui en conférence de presse par le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), M. Réjean Parent, alors qu’il livrait le portrait de l’état de l’éducation sur l’île de Montréal. L’événement se déroulait dans le cadre des Rendez-vous CSQ de l’éducation 2008, lancés il y a quelques semaines et qui se poursuivent jusqu’à la fin du mois de mai.
 
M. Parent était accompagné de Mme Diane Charlebois, vice-présidente de la CSQ, de M. Jean Falardeau, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ), et de Mme Sophie Massé, présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels du milieu de l’éducation de Montréal (SPPMEM-CSQ) et porte-parole régionale de la campagne.
 
Croissance démographique et baisse de l’effectif scolaire
 
Le président soutient qu’il ne fait aucun doute que la concurrence entre l’école publique et l’école privée est particulièrement vive à Montréal.
 
« La croissance démographique que l’on note à Montréal n’empêche pas d’observer une diminution significative du nombre de jeunes inscrits en formation générale dans les écoles publiques francophones. Leur nombre est passé de 145 558 en 2001-2002 à 141 306 en 2005-2006. Pendant ce temps, l’effectif est demeuré beaucoup plus stable dans les écoles anglophones, puisqu’il est passé de 50 900 à 49 093 élèves », explique M. Parent.
 
Une diminution importante à venir au secondaire
 
Selon les prévisions du ministère de l’Éducation, il y aura une diminution importante des élèves à l’enseignement secondaire au cours des prochaines années.
 
« On prévoit en effet que le nombre d’élèves inscrits passera de 50 535 à 42 996 d’ici à 2020-2021, ce qui équivaut à une diminution de 15 %. L’enseignement primaire est également touché puisque les effectifs prévus passeront de 91 545 à 83 027 au cours de la même période. Il s’agit d’une diminution de près de 10 % », constate M. Réjean Parent.
 
Les écoles privées livrent une concurrence féroce aux écoles publiques
 
Du côté des écoles privées, la réalité est toute autre. En effet, « les inscriptions dans les écoles privées ont augmenté de 7 % entre 2001 et 2006, passant de 47 936 élèves en 2001-2002 à 51 382 élèves en 2005-2006. Cette augmentation est encore plus importante au secondaire puisque près de 30 % des élèves fréquentaient une école secondaire privée seulement sur l’île de Montréal, en 2006. C’est 10 % plus élevé que pour l’ensemble du Québec dont la moyenne est de 20 % », observe M. Réjean Parent.
 
Un État qui finance la déstructuration de son réseau public
 
M. Parent estime que cette fuite vers le privé fait d’autant plus mal au réseau de l’éducation publique montréalais que chaque élève en moins représente une diminution des subventions accordées aux établissements scolaires publics de l’île de Montréal.
 
« Quand on pense au fait que le gouvernement du Québec finance les écoles privées jusqu’à un niveau de 60 % à même les fonds publics, on ne peut que conclure que l’État encourage et nourrit lui-même financièrement la fragilisation, sinon la déstructuration du réseau d’éducation public. Ça n’a aucun sens et il n’y a qu’au Québec que l’on assiste à un tel masochisme étatique », s’offusque le président de la CSQ.
 
Taux de décrochage et taux de diplomation
 
Une autre mauvaise nouvelle pour le réseau de l’éducation à Montréal provient du taux de décrochage qui, même s’il a connu une faible diminution depuis 2001, passant de 31,4 % à 30,6 % en 2005-2006, demeure passablement plus élevé qu’ailleurs au Québec. En effet, pour l’ensemble du Québec, le taux est passé de 25 % à 24,2 % au cours de la même période.
 
« Le taux de diplomation de 65,9 % est également un autre sujet préoccupant pour Montréal qui se classe ainsi au 13e rang parmi les 17 régions du Québec, loin derrière la moyenne québécoise qui se situe à 71,2 % pour 2006. C’est donc encore très loin de l’objectif fixé lors des États généraux sur l’éducation en 1995, qui était de 85 % pour le diplôme du secondaire (DES ou DEP), 60 % pour le diplôme d’études collégiales et 30 % pour le baccalauréat », rappelle M. Réjean Parent.
 
Formation professionnelle et collégiale
 
Du côté de la formation professionnelle, on note une hausse importante des inscriptions dans les commissions scolaires de la région de Montréal. Elles sont en effet passées de 13 913 à 17 177 inscriptions entre 2000 et 2005, ce qui représente une augmentation de 24 %. Cette augmentation est d’autant plus intéressante que le besoin de main-d’œuvre est particulièrement important pour les finissants en formation professionnelle.
 
Quant au collégial, l’évolution de l’effectif a connu une légère baisse entre 2000 et 2005, passant de 18 058 à 17 819 inscriptions. Cette apparente stabilité cache toutefois des disparités entre les types de formation. En effet, le secteur préuniversitaire a connu une légère hausse sur le plan des inscriptions, alors que le secteur technique a connu une baisse importante de l’ordre de 20 %, passant de 5 380 inscriptions en 2000 à 4 337 en 2005.
 
Au secteur technique, il y a une importante diminution du nombre d’inscriptions de l’ordre de 20 % depuis 2000. Un sérieux coup de barre devra être donné de ce côté, car la croissance prévue la plus élevée de l’emploi dans la région de Montréal est pour les personnes ayant une formation technique.
 
Des conditions d’exercice intenables
 
Dans un autre ordre d’idées, le président de la CSQ tient à dénoncer les conditions d’exercice dans le secteur de l’éducation qui, à Montréal comme ailleurs au Québec, deviennent de plus en plus difficiles.
 
« La dégradation des conditions d’exercice inquiète grandement nombre d’intervenants en éducation. Le métier devient de plus en plus dur à exercer, voire carrément impraticable dans certaines situations. Ce n’est pas surprenant quand on s’arrête aux données contenues dans une enquête menée par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). On apprenait que dans une classe de 25 élèves, on retrouve 8 élèves moyens et forts, 16 élèves à risque et 1 élève avec des troubles graves de comportement », rappelle M. Réjean Parent.
 
Une situation appelée à s’aggraver
 
« Il ne faut pas se surprendre que le personnel enseignant considère la tâche démesurée et se sente épuisé. C’est normal, puisque les enseignantes et les enseignants sont obligés de prendre une grande partie de leur temps pour donner de l’aide individuelle, car il y a trop d’élèves en retard. Il y a également nécessité de faire beaucoup de discipline, ce qui retarde d’autant l’enseignement », explique M. Parent.
 
Le président de la CSQ soutient que la situation est appelée à s’aggraver si le gouvernement ne fait pas plus pour soutenir le personnel de l’éducation dans le défi que pose l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). Il faut noter cependant que sur la seule base des élèves handicapés, l’intégration en classe ordinaire est plus faible à Montréal (35 %) en 2005-2006 que la moyenne québécoise qui se situe à 39 %.
 
M. Parent ajoute que cette réalité explique que les taux d’abandon professionnel chez le personnel enseignant soient de deux à trois fois supérieur à la moyenne des autres professions du secteur de la fonction publique. Un phénomène qui frappe particulièrement les jeunes enseignantes et enseignants dont la majorité débute leur carrière en devant occuper des postes précaires durant plusieurs années.
 
Détresse psychologique chez le personnel professionnel
 
Et la situation n’est pas plus facile chez le personnel professionnel, comme l’indiquait une enquête menée par Angelo Soares sur les conditions d’exercice de cette catégorie de personnel.
 
« Dans toutes les commissions scolaires du Québec, on dénotait des signes de détresse psychologique importants chez le personnel professionnel, dans une proportion de 41,3 % pour l’ensemble du Québec. Dans la région de Montréal, nous avons des données pour les commissions scolaires francophones. À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), on dénote une proportion plus élevée qu’ailleurs au Québec : 44,6 %. À la Pointe-de-l’Île, cette proportion est de 41,8 %, et à Marguerite-Bourgeoys, elle est de 40,2 % », rapporte M. Parent.
 
Le président de la CSQ, M. Réjean Parent, termine en mentionnant que ces chiffres reflètent la dégradation des conditions de travail d’un personnel professionnel au nombre insuffisant devant accomplir sa tâche dans un nombre anormalement élevé d’écoles.
 
  
Profil de la CSQ
 
La CSQ représente quelque 160 000 membres, dont plus de 100 000 dans le secteur public. Elle est l’organisation syndicale la plus importante en éducation au Québec. La CSQ est également présente dans les secteurs de la santé et des services sociaux, des services de garde, du municipal, des loisirs, de la culture, du communautaire et des communications.
  
Renseignements : Claude Girard
Agent d’information CSQ
Tél. cell. : 514 237-4432
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